Messidor
LA DAME DE L’ÉTÉ
Sous les yeux d’or des églantines blanches,
Les liserons grimpent autour des fougères.
La fleur des ronces met des petites croix blanches
Dans la haie d’où surgissent les fougères.
L’herbe des prés ondule en vagues blondes,
Qui vont mourir sous les pas du faucheur,
Il y a dans l’herbe des ailes bleues, des ailes blondes,
Et la grande aile noire de la faux du faucheur.
Alors j’ai vu, assise près d’une source,
Cueillant des joncs pour lier ses cheveux,
Une femme aux yeux clairs comme une source,
Qui me permit de baiser ses cheveux
Et je fus plein d’amour pour les yeux verts
De la dame de l’été qui vient sourire
Au bord des sentiers, au fond des bois verts,
Et mirer dans les sources son beau sourire.
Rémy de Gourmont – Paysages spirituels

[source]
LES FOINS
La tiède lune au bord du ciel monte et sourit.
Vois sur les foins coupés trembler son halo gris;
La nature s’emplit comme une basilique
Du silence embaumé des soirs mélancoliques.
Au chemin de la vie et voilant sa laideur
L’oubli s’étend ainsi que la rosée en pleurs,
L’oubli divin s’étend comme l’herbe fleurie
Déployée en nuage aux pentes des prairies.
II semble que s’efface et meurt l’humanité,
Tant le souffle qui sort des lèvres de l’été
Et qui si doucement rôde aussi sur nos lèvres
De tout mesquin désir nous libère et nous sèvre.
La lune à travers l’ombre, et tel un oiseau blanc,
Suspend toujours plus clair son essor transparent
Et son calme plumage en neige diaphane
Se mêle au flot bleui de l’herbe qui se fane.
Parmi l’odeur des foins, avec des mots secrets
Sourdement murmurés, courent les ruisseaux frais
Où la lune attirée et mystique se penche,
Frôlant à leur miroir errant son aile blanche.
Marie Aubert (Daguet) – Par l’Amour
19/06/2009 à 14:04
Un souvenir que cela me rappelle : l’été chez mon grand père.
C’est la pleine lune, l’odeur des foins en cuchon, la nuit douce, terriblement claire…
Notre chienne se met à japper… tellement que la maisonnée est debout en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter.
Le poil hérissé, arc boutée, les yeux fous, elle hurle en direction des champs.
Nous réalisons hilares, que la chienne a découvert les cuchons de foins …lumineux comme des globes électriques sous les rayons de la pleine lune.
Cette vision irréelle pour elle l’a poursuivi longtemps, et elle n’a jamais voulu admettre que ce qu’elle voyait le jour, était la même chose la nuit… avec la magie lunaire.
Elle m’a appris cette nuit là ce qu’est un phantasme.
22/06/2009 à 09:53
Mes souvenirs d’enfance me ramènent aux petits ballots de paille que le fermier alentour nous permettait d’utiliser avec bienveillance, afin de bâtir des cabanes : citadelles éphémères pour des aventures intemporelles. Au soir venu, le ruissellement de l’eau du bain faisait rougir en picotements acérés mes jambes et mes bras, puis je succombais à l’épuisement du jour dans un sommeil bien mérité.
Merci pour votre souvenir partagé et à bientôt.
19/06/2009 à 22:53
Délicieux à lire, sublime à relire….
-xxx-
22/06/2009 à 09:54
N’est-ce-pas ! Merci pour cette appréciation partagée.