Suis-je vraiment contraint d’écrire ?

Cause prime non est yliathim

„Gehen Sie in sich. Erforschen Sie den Grund, der Sie schreiben heißt; prüfen Sie, ob er in der tiefsten Stelle Ihres Herzens seine Wurzeln ausstreckt, gestehen Sie sich ein, ob Sie sterben müßten, wenn es Ihnen versagt würde zu schreiben. Dieses vor allem: fragen Sie sich in der stillsten Stunde Ihrer Nacht: muß  ich schreiben? Graben Sie in sich nach einer tiefen Antwort. Und wenn diese zustimmend lauten sollte, wenn Sie mit einem starken und einfachen `Ich muß´ dieser ernsten Frage begegnen dürfen, dann bauen Sie Ihr Leben nach dieser Notwendigkeit; Ihr Leben bis hinein in seine gleichgültigste und geringste Stunde muß ein Zeichen und Zeugnis werden diesem Drange. Dann nähern Sie sich der Natur. Dann versuchen Sie, wie ein erster Mensch, zu sagen, was Sie sehen und erleben und lieben und verlieren.“

Rainer Maria Rilke – Briefe an einen jungen Dichter

Muß ich schreiben?

Cause prime non est yliathim

« Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d’écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre cour; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit ; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d’une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s’il vous était donné d’aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple ` il le faut ´, alors bâtissez votre vie selon cette nécessité ; votre vie, jusqu’en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. »

Lettres à un jeune poète – traduction Bernard Grasset et Rainier Biemel


18 réponses vers “Suis-je vraiment contraint d’écrire ?”

  1. Vivre sans écrire, c’est mourir….

    -xxx-

    • … ou bien, écrire, c’est apprendre à vivre. Merci, Âme Tourmentée. J’ai trouvé le texte de Rainer Maria Rilke spirituellement en phase avec la première année qui vient de s’écouler depuis le commencement de ce carnet.

  2. Joël a dit :

    Bonsoir Daud.

    Vous chérissez la liberté. (Quitte à faire des choix professionnels que beaucoup hésiteraient à faire, tiraillés qu’ils seraient entre liberté et difficultés prévisibles. La liberté n’est pas synonyme de confort, sinon intellectuel : vous êtes un esprit libre.)

    Je ne pense donc pas que vous soyez “vraiment contraint d’écrire”.

    Mais a contrario, si vous ne le faisiez pas, vous ressentiriez sans doute un manque ou un vide difficile à pallier.

    Ce texte de Rainer Maria Rilke est très beau et correspond à l’évidence à votre besoin d’écrire. Continuez, cher Daud ; si vous écriviez contraint, je crois que ceux qui viennent habituellement sur votre blog connaîtraient quelque part un vide de lecture…

    Très cordialement.

    • Bonsoir Joël.

      Vous avez percé ma nature ; comme l’écrivait Paul Éluard, à propos de la liberté :

      Et par le pouvoir d’un mot
      Je recommence ma vie
      Je suis né pour te connaître
      Pour te nommer

      Liberté.

      S’il y avait contrainte, la sincérité devrait s’effacer ; que resterait-il effectivement à part un vide de lecture ?

      Merci pour votre passage et vos mots d’empathie,

      Bien cordialement également, à bientôt.

  3. versionscelestes a dit :

    Bonjour Daud,

    Je passe juste pour vous dire bonjour! Il y a des fois que je n’ai rien à dire. Mais je vous lis.

    Fraternellement.

    Versions

    • Bonjour Versions,

      Merci pour cette visite impromptue ; il m’arrive également, souvent même, de passer sans trouver mot à ajouter, ne gardant que le plaisir de lire.

      Fraternellement,

      Daud

  4. Merci Daud pour ce beau texte.
    Je ne sais si « il faut écrire » mais, écrire est une pulsion de vie. Il faut jouer avec les mots …

    Nadia

    • Une pulsion de vie comme un battement de l’âme avec la poésie pour rythme, merci Nadia ; à bientôt.

  5. Me faut-il écrire ? Oui, il le faut. « Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. »
    Tellement vrai. Merci.

    • Je partage aussi ce sentiment qui aspire à la vérité, Perséphone, quand, même dans ses moindres espaces d’inconfort, écrire nous met finalement à l’aise avec nous-même.

  6. Je n’avais pas vingt ans quand on m’a fait découvrir les “Lettres à un jeune poète”, un des émerveillement de ma jeunesse. «alors bâtissez votre vie selon cette nécessité ; votre vie, jusqu’en son heure la plus indifférente et la plus infime», alors j’ai bâti ma vie pour écrire —bien ou mal, je ne sais, là n’est pas la question. Ecrire n’est pas une contrainte, c’est vivre (même si l’écriture est parsemée de contraintes à dépasser).

  7. Une autre petite citation pour désaltérer l’âme créatrice du lecteur! Merci, puisque celle-ci est à l’image de vos écrits: déterminée et précise, vive et interpellante.

    Je ne crois pas que nul soit contraint d’écrire; seulement la liberté de certains dépend à des degrés divers de l’écriture. Et dès lors, nous pouvons choisir une liberté optimisée par l’écriture.

    • Œuvre de liberté, l’écriture se mesure aux actes avec une intensité équivalente quand elle les complète. Merci.

  8. LoupDeVille a dit :

    Écrire, il y a tant à dire sur et à propos ; pour ne pas être trop redondant avec mes prédécesseur (e) s – commentateurs (trices) – j’abonde dans leur sens quant au choix de la citation et de la réflexion qu’elle nous amène.

  9. Je reviens laisser un petit mot ici pour dire que suite à la lecture de cette citation, je me suis procuré le recueil de lettres en question ; alors merci encore ! Une lecture et relecture dont je ne me lasserai pas.

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