Mon anthodoxie du bonheur

Mon anthodoxie du bonheur, quel étrange intitulé ! j’ai mon opinion sur le bonheur et comme il fleurit, j’en fait mon anthodoxie ; c’est mon plaisir. Se fait-il tard pour parler de bonheur ?

Happiness is a Warm Gun

John Lennon – The Beatles’ White Album

[ source ]

Le Bonheur est un Flingue Fumant

Interprétation personnelle

Quand une amie vous invite à partager vôtre opinion sur un sujet aussi relatif que le bonheur l’heure importe peu, elle est forcément bonne.

It is said that many a king in troubled Europe would sell his crown for a day of happiness.
I have seen a monarch who held tightly the jewel of happiness.
On Lombard Street in Philadelphia, as evening dropped to earth, I gazed upon a laborer duskier than a sky devoid moon. He was seated on a throne of flour bags, waving his hand imperiously as two small boys played on their guitars the ragtime tunes of the day.
God’s blessing on the monarch who rules on Lombard Street in Philadelphia.

Fenton Johnson – Rulers

On dit que plus d’un roi de l’Europe tumultueuse troquerait sa couronne contre un jour de bonheur.
J’ai vu un monarque qui détenait précieusement la perle du bonheur.
À Philadelphie, alors que la rue Lombard se drapait du soir, je contemplai un ouvrier plus crépusculaire qu’un ciel de nouvelle lune. Il trônait sur des sacs de farine agitant majestueusement sa main, tandis que de leur guitare, deux jeunes garçons interprétaient les refrains ragtime du jour.
Le divin augure protège ce monarque qui règne sur la rue Lombard de Philadelphie.

Interprétation personnelle

Il y a plusieurs mois, je commençais l’écriture de ce carnet. Ne sachant trop dans quelle direction m’engager, j’optais pour un guide en reprenant le questionnaire célèbre de Proust. Je vous invite à consulter la réponse qui fut la mienne, arrivé à la septième question : Mon rêve de bonheur. Mon point de vue d’alors n’a guère changé. Je peux même dire qu’il s’est conforté dans la mouvance de la vie ; avec ses casseroles que j’apprends à ranger.

Si quelque part le parcours d’une vie est un bonheur, ailleurs il ne recouvrira peut-être qu’un détour. Si le plaisir n’est pas le bonheur, il lui appartient mais n’est pas à vendre, ni en tube ni associé aux dernières technologie. Le plaisir d’un verre de vin n’est pas à dédaigner surtout lorsqu’il est partagé ; l’ivrognerie, même partagée ne peut, à mon sens, être sur le chemin du bonheur sauf à s’apercevoir qu’il n’est pas de bonheur artificiel pour découvrir que la réalité peut réserver des moments de jouissance sublimés, à saisir comme le jour pour son propre bonheur.

Je crois essentielle notre capacité à conserver notre liberté, à rester indépendant relativement aux choses mais également aux êtres et si l’amour peut participer au bonheur il pourrait aussi le détruire. Si indéterminé que puisse paraître le bonheur, il est ici présent autour de nous et en nous ; nul besoin d’attendre les lendemains de la vie. Un geste reçu ou donné apporte aux relations de l’échange quelques parcelles de ce qui pourra bâtir leur bonheur.

Ainsi, je vois le bonheur se construire dans le temps de notre vie, peut-être transmis comme savoir-vivre, savoir-faire et savoir-être à nos enfants. S’il se ressource dans nos plaisirs, le bonheur se construit aussi sur la base d’un affranchissement de désirs dont la quête réduirait à néant le bonheur qu’ils seraient censés procurer. La quête de croissance et du toujours-plus a-t-elle apporté bonheur et prospérité au genre humain ? Je pense que non. Mon bonheur est petit et simple pour autant qu’il ne vienne pas entraver le bonheur d’autrui et réciproquement. Utopiste ? Comme toujours !

Enfin, s’il fallait continuer à disserter – sans trop de méthode je le concède – sur le bonheur, une simple énumération suffirait amplement. Alors sentez-vous libres d’aller à la rencontre d’un cénacle virtuel pour une récréation littéraire, parcelle éphémère d’un bonheur exquis : le bonheur c’est…

16 réponses vers “Mon anthodoxie du bonheur”

  1. Le bonheur est… d’être en phase avec soi-même, de trouver cet équilibre qui nous correspond, pour faire vibrer nos talents sans porter atteinte à ceux des autres.
    Pour trouver nos talents ?… descente et humilité en soi, voir l’essentiel, épurer, épurer.

    • Je ressens en effet cette même impression d’être en paix avec soi et de nécessité d’équilibre comme inhérente à ce que je perçois du bonheur corollaire de la vie simple en accord avec la non-violence.

  2. Belle synthèse du bonheur. Est-ce que le bonheur est au fond une philosophie appliquée ou plutôt un affect subi ?

    Crée-t-on le bonheur ou le ressent-on ? Action ou passion ?

    • Le prisme de mon expérience, si courte fut-elle à ce jour, prévaut à ce modeste écrit. J’imagine qu’il serait possible de voir la question autrement.

      Tant de questions… qu’importe au fond les réponses, l’important n’est-il pas de profiter de l’instant présent ? S’il fallait résoudre ces interrogations, je placerais les alternatives dans le cadre d’un équilibre des choix sans préférence accordée ; le bonheur pouvant bien être autant une philosophie appliquée qu’un affect subi, une création autant qu’un sentiment, une action autant qu’une passion. Encore que dans ce dernier cas j’ai un doute dans la mesure où la passion peut s’avérer obsédante ; une obsession occultant le bonheur. Enfin, ce n’est qu’une opinion quand tout autre pourrait bien être autant recevable, je n’ai pas de démarche spéculative.

  3. Malheureusement, j’ai l’impression que le bonheur, son idée, est une notion qui demande du champ devant soi. Du temps. Une certaine jeunesse. Sinon, on ne peut guère que rêver aux bonheurs passés.

    • Un mélange de dépit et de nostalgie… je vous avoue être surpris, même si je ne vous connais pas. L’innocence et le bonheur, heureux les pauvres en esprit ? Pourquoi pas ?

      Le bonheur d’une vie s’achève – c’est une évidence – avec la mort ; jusque là demeure l’espoir relatif… J’admets qu’une vie puisse atteindre l’impasse, ne serait-ce que pour les personnes atteintes d’Alzheimer. Il y a pléthore de candidats au suicide. Le bonheur n’est-il pas lié au sens de la vie finalement ?

      Carpe diem

  4. Le bonheur, c’est juste une seconde dans la journée où on soupire avec un sourire béat, et où on ne se soucie plus du temps…
    -xxx-

    • Votre soupir souriant me rappelle la perception du bonheur que mon père m’a transmis. Il voit ce bonheur comme une impermanence, une construction disparaissant au fur et à mesure que son bâtisseur l’échafaude et l’habite, dans un fragile équilibre avec le monde auquel il appartient.

      Plus proche de la nature je dirai qu’il peut aussi s’agir d’un jardin dont on cultive les plantes pour savourer les fruits au fil de la vie. Merci, chère Âme Tourmentée, et à bientôt.

  5. Pomme a dit :

    J’aime tes nuances de “bonheur” Daud !
    Le bonheur est simple, c’est bien nous qui le compliquons souvent…

    • Chère Pomme, des nuances de bonheur, Paul Lacroix dit qu’elles « varient comme les nuances de caractères, comme les nuances de goût. » J’ajouterais, s’il est permis, comme les nuances de la vie et celles de nos rencontres.

      Je n’étais pas sûr d’avoir répondu à ton attente, cependant lire ton appréciation parfait mon bonheur d’avoir écrit cette `anthodoxie´.

      Bien à toi,

      Daud

  6. La simplicité, le soupir, carpe diem, …tout cela est vrai. Les mots de Sérénité relative me rejoignent. Épurer, …tout part de soi.

    • Être en paix avec soi-même constitue une source indéniable d’équilibre : c’est ainsi que je conçois `épurer´. Déterminants principaux de nos bonheurs, nous restons cependant sensibles aux mouvances de notre environnement, miroir de notre bien-être et réciproquement. Ceci afin de nuancer ce `tout´ originel.

  7. Belle réflexion suscitant d’intéressants commentaires. Merci Daud.

    • J’aime cette forme de réflexion collective, quand chacun prend le temps de la hauteur sur la question. Merci à vous, merci à tous.

  8. Réflexion intense, sur le bonheur ; qui est si volatile, et à la fois si dense ; si fugitif et aussi tellement fidèle ; accroché à nous comme l’huître, faisant partie de nous. Et parfois nous secouons les épaules, il nous gène, il nous pèse. Nous n’en voulons pas. Nous lui trouvons des tas de noms d’oiseaux malsonnants et malvenus, des griffes à la place des caresses, des armes à la place des baisers.
    Vous savez, le bonheur n’est pas de tout repos ! Il est avec nous depuis notre naissance mais il joue à cache cache avec nous .

    Je suis une inconditionnelle du bonheur, et puissiez-vous tous l’être, c’est mon vœu pour vous, passants, aujourd’hui.

    • Bienvenue ici, chère Lise, j’aime bien cette vision d’un bonheur fugace qu’il faut savoir saisir, c’est-à-dire comprendre. Aujourd’hui j’ai lu un poème très simple, très court d’Ernst Moerman que je vous offre en conclusion :

      Puisque le bonheur n’existe pas,
      tâchons d’être heureux
      sans lui.

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