Marraine dévisagée

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De la salle des mariages, au détour d’une coursive, apparaît l’aveugle Marianne qu’un mirage délasse, à la fortune non ex voto des vœux de l’ordre conservatoire.

Moins qu’une allégorie naufragée dans l’onde fangeuse d’une république au peuple outragé, elle est un leurre hypnotique suspendu à la croyance de ses béotiens emmurés.

Privé d’une juste vue, elle sombre, comme se noie son immanente devise autrefois scellée, dans le verbiage spécieux de ses ineptes princes et de leurs cours ridicules grouillant de cohortes brutales et meurtrières.

Que le buste avorton de la révolution inachevée veille sinistrement sur les débris des idées, défie le regard étranger qui s’alarme.

Soudain, des mots résonnent en lui comme un hymne fantôme exhortant au rêve :

Vivons ensemble l’anarchie
Le lourd espoir de Liberté ;
Montre en tous de la sympathie,
Contrecarre l’État désuet
Désempare son contrat policier.
L’Égalité
en nous témoigne
D’unir la force de nos bras,
Qu’amène en marchant dans nos pas
La Fraternité
qui nous empoigne
Libertaires de nos mains ! Vient la révolution !
Formons, l’union,
Que l’investiture cède à l’abdication. ¹

Pour tous les enfants de la terre
Chantons amour et liberté.
Contre toutes les haines et les guerres
L’étendard d’espoir est levé
L’étendard de justice et de paix.
Rassemblons nos forces, notre courage
Pour vaincre la misère et la peur
Que règnent au fond de nos cœurs
L’amitié la joie et le partage.
La flamme qui nous éclaire ! Traverse les frontières !
Partons, partons,
Amis, solidaires, marchons vers la lumière. ²

¹. Daud Avendauth ~ ². Graeme Allwright, Sylvie Dien

Puis, la réalité du cri guerrier des féroces soldats surgit à ses oreilles, ainsi le profane inconnu de la république comprend et s’en va ; laissant ses larmes en présent à la déesse violée.

5 réponses vers “Marraine dévisagée”

  1. Olia a dit :

    Toujours pas de commentaires ??
    Je t’avais suggeré de t’enregistrer chantant tes paroles sur l’air de la Marseillaise, tu aurais eu plus de succès ! ;-)

    Et pour te faire plaisir, voici des paroles qui ne te sont pas étrangères…

    La Marseillaise des cotillons

    Tremblez tyrans portant culotte
    Femmes notre jour est venu
    Point de pitié mettons en note
    ∫: Tous les torts du sexe barbu :∫
    Voilà trop longtemps que ça dure
    Notre patience est à bout
    Debout, Vénusienne, debout
    Et lavons notre vieille injure

    Refrain

    Liberté sur nos fronts
    Verse tes chauds rayons
    Tremblez, tremblez, maris jaloux,
    Respect aux cotillons !

    L’homme ce despote sauvage
    Eut soin de proclamer ses droits
    Créons des droits à notre usage
    ∫: A notre usage créons des lois ! :∫
    Si l’homme en l’an quatre vingt treize
    Eut soin de ne songer qu’à lui
    Travaillons pour nous aujourd’hui
    Faisons-nous une Marseillaise !

    Jusqu’à ce jour dans ce triste monde
    Tout était borgne ou de travers ;
    Partout sur la machine ronde
    ∫: La femme essuyait des revers. :∫
    Qu’un pareil chaos se débrouille,
    A nous à battre le tambour !
    Et vous, messieurs à votre tour,
    Filez, filez votre quenouille !

    Combien de nous furent vexées,
    Depuis le matin jusqu’au soir !
    Nos pauvres paupières lassées,
    ∫: De pleurs étaient un réservoir. :∫
    Prenons, prenons notre revanche ;
    Que le sexe battu jadis
    Aujourd’hui batte ses maris,
    Ainsi nous serons manche à manche.

    On dit qu’Ève, notre grand’mère,
    N’avait chemise ni maillot ;
    Supprimons notre couturière,
    ∫: Oui la couturière est de trop. :∫
    La liberté, chaste amazone,
    N’admet ni voiles ni verrous ;
    A la barbe de nos époux,
    Luttons comme à Lacédémone.

    Louise de Chaumont – Journal des Cotillons Juin 1848

    • Très chère Olia,

      Merci pour ta touchante attention ainsi que cette originale version de la Marseillaise.

      Si je n’ai pas suivi ta juste suggestion, c’est que j’ai sans doute craint de me faire entendre ; estimant que si je l’avais fait j’aurais contre toute attente fait fuir les visiteurs. Car si je chante juste – on me l’a dit – et avec plaisir en chœur, je trouve ma voix médiocre. Ici donc, je préfère qu’on me lise.

      Comme l’eau à la vie, sois toujours la bienvenue dans ces causeries de carnet, et qu’en cette sincère hospitalité tu puisses trouver une voix de vérité à défaut d’une chanson entonnée, … en attendant de nous retrouver.

      Salutations passionnées !

  2. versionscelestes a dit :

    Daud,

    Texte de liberté!

    Chanson libre du fond de nous contre tout ce qui veut être imposition, répression.

    Cordiales salutations.

    Versions Célestes

  3. J’aime vous lire à défaut de vous entendre…mais je respecte votre choix. Belle version d’Olia en effet. Touchant votre échange! ;-)

  4. Texte de liberté! Oui, Versions Célestes, comme une réponse à l’arrogante orgueil d’une nation qui se revendique, aveugle, mère des droits humains pour les lumières et dont la devise s’évanouit dans l’ombre de sa décadence policière. Ce texte est un peu vanité de ma part… mais je ne désespère pas que les choses puissent changer positivement en faveur des libertés.

    Perséphone, engouement réciproque, j’ai aussi le goût de vous lire, de lire vos mots qui rythment la tranquillité des moments de lectures.

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