Ecrivain en bidonville

Voici un peu plus de quatre jours que je vis seul dans notre maison qui prend des allures de demeure tant le vide en accroît l’espace. C’est ici que nous sommes devenus Olia, les enfants et moi une famille, une tribu. J’ai déjà remarqué le dépeuplement ressenti lorsqu’une seule personne de mon entourage me manque ; quatre, c’est le désert. Alors, pour sortir de ce désert qui je l’avoue commence à peser et pour ma plus grande joie également, mon père m’a proposé de dîner avec lui : instants rares et privilégiés pendant lesquels nous avons échangé.

Nous avons pensé à ma grand-mère, évoqué mon grand-père ; il m’a parlé de son enfance et d’un moment particulier qui lui fait dire que celle-ci fut malgré tout heureuse. C’était dans les années cinquante, il devait bientôt avoir une dizaine d’années et vagabondait fréquemment près des baraques environnant une décharge de La Madeleine. Quoiqu’ayant déjà plusieurs fois fait le mur de l’école communale pour l’école de la rue, il savait bien sûr lire et écrire. Il partagea ses modestes talents d’écrivain avec les plus illettrés de ce bidonville, la plupart du temps pour rédiger une adresse sur enveloppe.

Cela le rendit heureux. Puis il déménagea. Aujourd’hui cette décharge et ce bidonville ont disparu. L’émotion du souvenir vit dans le cœur de mon père. Je suis content d’avoir hérité de ce souvenir.

3 réponses vers “Ecrivain en bidonville”

  1. reinedespommes a dit :

    Vous voyez, si vous n’aviez pas été seul, vous n’auriez peut être pas appris cette touchante histoire. Un clin d’oeil de la vie Daud !

  2. C’est bien d’être seul de temps à autre. Je suis seul aussi et pour la même raison que Daud. Eh oui, nos femmes sont ensemble en vacances pendant que nous sommes au boulot :-D
    Perso, j’apprécie cette petite semaine de solitude, même si je serai très content de retrouver ma chérie et mes poupounes demain.
    Partir pour mieux se retrouver ?

  3. reinedespommes a dit :

    Alors, bonnes vacances à tous :-)

Les commentaires sont fermés.