Frimaire

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , on 21/11/2009 by Daud

Boyarynia Morozova dans le traîneau - Vasily Ivanovich Surikov

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IL FAUT À DE GRANDS FROIDS S’ATTENDRE


Il faut à de grands froids s’attendre.
Si ne peut-il donner toujours,
Sous les haillons, quand sans façon,
Tu veux chanter quelque chanson,
Rare est-il qui la veuille entendre.
Et si tes papiers sont trop courts,
Il faut à de grands froids s’attendre.

Si ne peut-on chanter toujours.
Oses-tu frapper vers le soir,
À qui n’est porte de manoir
Pour jouir du droit de s’étendre
Dont jouissent le tigre et l’ours,
Il faut à de grands froids s’attendre.

Ne se peut-on coucher toujours.
A-t-on mis le pied par hasard
En lieu clos, cuisine ou bazar
Ou piège qu’on t’a voulu tendre ;
Il faut s’attendre à chauds très lourds,
Il faut à très grands froids s’attendre.
Ne fait-il beau toujours, toujours.

Germain Nouveau – Calepin du mendiant

En des lieux naguère déchirés…

Posted in Fragments d'extimité avec des tags , on 11/11/2009 by Daud

Si je ne confine pas mon temps libre à l’étude ni à la recherche obsessionnelle des archives familiales, j’y trouve néanmoins un certain plaisir pour la curiosité, la source de bien des surprises et parfois la trace de l’histoire comme elle n’existe pas dans les livres.

En cette période commémorative, je vous propose la lecture de la lettre ci-après retranscrite, qui faisait partie des documents pieusement conservés par ma grand-mère paternelle. Elle a été écrite à l’encre noire sur cinq petites feuilles à petit quadrillage, non numérotées, pliées en quatre à l’origine. L’outrage des ans a nécessité une réparation de fortune au ruban adhésif à l’endroit des plis, rendant parfois la lecture très difficile. Je vous livre donc ce document, sans autre commentaire, comme un témoignage de naguère pour nourrir votre réflexion.

Le 17.11.15

Mon cher Léon,

J’ai été bien récompensé de la lettre que je t’ai adressé par le plaisir qu’elle t’a fait, aussi je récidive. Conserve la au cas où je viendrais à disparaître – j’en doute beaucoup – comme un souvenir de moi.

Après le combat du 8 et 9 mai – date de mon anniversaire, j’avais trente six ans – nos positions étaient les suivantes : les boches tenaient leurs anciennes premières lignes plus une partie de deux des entonnoirs ouverts par nos mines ; nous, nous avions progressé d’environ quatre-vingts mètres vers les Cornailles, un entonnoir en notre possession, vers Angres, un autre entonnoir occupé en commun – c’est-à-dire que Français et Allemands se trouvaient (c’est incroyable) à environ huit mètres les uns des autres.

Le Général Martin de Bouillon décida d’ouvrir, au moyen d’une ligne de mines, une brèche d’attaque. Je fut chargé avec mon détachement sous les ordres du Lieutenant Gautheron, ingénieur des mines, de creuser des chambres à poudres sous les pieds des boches. Nous ouvrîmes cinq nouvelles galeries qui devaient être terminées et chargées pour le 25 mai au plus tard ; le travail mené rapidement dans les conditions les plus défectueuses – je remonte mes hommes évanouis et asphyxiés à tout instant – nous permis de promettre au Général leur achèvement pour la date précitée. Entre temps, nous entendions les boches travailler et courir dans leur tranchées sous lesquelles nous étions, craignions avec raison que nos travaux ne soient éventés. J’ordonne à mes hommes de continuer de creuser la terre crayeuse mélangée de silex avec leur couteau en retenant leur haleine et en évitant le bruit provoqué par la chute des terres au moyen de sacs allongés sur le sol. Ces précautions n’étaient pas inutiles puisque, moi-même aux écoutes, j’entendais les boches remuer et, fait incroyable, j’en appelle à tous mes hommes – Bucquet de la 4° compagnie entre autre – jouer du tambour avec leurs doigts sur une planche. Bref, le 5 mai à huit heures du matin, après dix-sept jours d’un travail surhumain, nous étions prêts.

Le Général commande l’assaut pour 12 heures 12 après préparation d’artillerie et explosion des mines : les boches eurent vent de la chose, aussitôt vers 9 heures un bombardement intensif de toute leur artillerie renforcée depuis le 8 mai arrose nos tranchées. C’est épouvantable. Un obus nous arrive par seconde et explose avec un son de cloche, j’en suis assourdi. Ce jour là, j’ai frôlé la mort, j’avais la presque certitude de ne pas en revenir. Nos tranchées sont bouleversées, le sang gicle, les communications téléphoniques interrompues, les fils bâclés, les téléphonistes tués. Ces spahis volontaires, braves gens dont il ne reste plus, mettent baïonnette au canon appuyés par le 20° régiment de chasseurs à pieds et le 168° d’infanterie, à droite le 18° chasseurs. Ô les héros ! un soldat du 20° chasseurs, un chapeau claque sur la tête danse une sarabande et fait le pitre au milieu du bombardement près de la sape Tanzioles. Sur les parapets de la sape Dejean les loustics font la grue, à Béard, ils s’impatientent. Vois-tu, l’homme s’habitue à la mort qui passe, il la défie, elle n’en veut pas.

À midi douze, après l’explosion de nos mines qui furent un désastre pour l’ennemi, tous ces gens s’élancent, farouches, hagards, sans un frisson. La mêlée est horrible. Français (maboules comme disent les boches) et allemands se jettent des grenades à la figure. Les mitrailleuses vont bon train. C’est un pétarade ininterrompue, des flammes, de la fumée, des cris, des râles, on se bouche les oreilles et on voit rouge. Pendant tout ce temps là, à travers le potin et les éboulements de toutes sortes, je cours comme homme de liaison du Général. Les blessés affluent ; ils sont tous soignés sur place.

L’artillerie française et la réplique allemande font un bruit infernal, et plusieurs de mes hommes ayant achevé leur tâche vont avec le sergent Deloffre, mon camarade, jeter des bombes dans les caves de Liévin – hameau des Cornailles – où se sont réfugiés de nombreux boches. À trois heures de l’après-midi, nos entonnoirs et la première ligne boche étaient en notre possession ; nous les avons depuis lors conservés, mais nous n’avons pu faire sauter qu’une partie de l’ouvrage Crane dit bastion A, sorte de forteresse bétonnée avec des caves superposées d’où sortent comme d’un vomitoire, sur nos derrières, d’innombrables ennemis. Les prisonniers fait ce jour là, peu nombreux, nous regardent, nous Français, avec terreur et proclamant que nous nous battions bien. C’est là un hommage qui rends fiers le poilu qui jamais ne se départ de sa bravoure et l’a toujours amplement justifiée.

Je t’embrasse

[mots illisibles, papier déchiré]

Em [reste de la signature illisible, papier déchiré]

J’ai sommeil et vais me coucher. Le canon tonne en diable, il y a attaque.

Tœchoclaste

Posted in De arte musica avec des tags , , , , , , , , , , , , , , on 09/11/2009 by Daud

Jede Wand ist eine Tür

Tout mur est une porte

Minden fal egy ajtó

Cada pared es en realidad una puerta

Every wall is a door

Ralph Waldo Emerson

Mordechai - Cover Art by Daud Avendauth

 

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Brumaire

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , on 22/10/2009 by Daud

Brouillard - Caspar David Friedrich

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BRUMES ET PLUIES


Ô fins d’automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D’envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
D’un linceul vaporeux et d’un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l’autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s’enroue,
Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n’est plus doux au cœur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l’aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n’est, par un soir sans lune, deux à deux,
D’endormir la douleur sur un lit hasardeux.

Charles Baudelaire – Les fleurs du mal

Vendémiaire

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , , , on 22/09/2009 by Daud

LA BUTTE ROUGE


Sur c’te butt’là y’avait pas d’gigolettes
Pas de marlous ni de beaux muscadins.
Ah ! C’était loin du Moulin d’la Galette,
Et de Panam’ qu’est le roi des pat’lins.
C’qu’elle en a bu du beau sang cette terre,
Sang d’ouvriers et sang de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
N’en meurent jamais, on n’tue qu’les innocents !

Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Qui boira ce vin là, boira l’sang des copains.

Sur c’te butt’là on n’y f’sait pas la noce
Comme à Montmartr’ où l’champagne coul’ à flots;
Mais les pauvr’s gars qu’avaient laissé des gosses
Y f’saient entendre de terribles sanglots !
C’qu’elle en a bu des larmes cette terre,
Larm’s d’ouvriers, larmes de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
Ne pleurent jamais, car ce sont des tyrans !

Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Qui boit de ce vin là, boit les larmes des copains

Sur c’te butt’là, on y r’fait des vendanges,
On y entend des cris et des chansons ;
Filles et gars doucement y échangent
Des mots d’amour qui donnent le frisson.
Peuvent-ils songer, dans leurs folles étreintes,
Qu’à cet endroit où s’échangent leurs baisers,
J’ai entendu la nuit monter des plaintes
Et j’y ai vu des gars au crâne brisé !

Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Mais moi j’y vois des croix portant l’nom des copains !

Gaston Mardochée Brunswick dit Montéhus – 1919

Les Vendanges

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VENDANGES


A Georges Rall

Les choses qui chantent dans la tête
Alors que la mémoire est absente,
Écoutez, c’est notre sang qui chante…
Ô musique lointaine et discrète !

Écoutez ! c’est notre sang qui pleure
Alors que notre âme s’est enfuie,
D’une voix jusqu’alors inouïe
Et qui va se taire tout à l’heure.

Frère du sang de la vigne rose,
Frère du vin de la veine noire,
Ô vin, ô sang, c’est l’apothéose !

Chantez, pleurez ! Chassez la mémoire
Et chassez l’âme, et jusqu’aux ténèbres
Magnétisez nos pauvres vertèbres.

Paul Verlaine – Jadis et naguère

Aplomb

Posted in À doigts sourds avec des tags on 17/09/2009 by Yliathim

Des murs menaçant la quiétude des regards de verre quand s’ébranle la base de leurs fondations au nom d’une liberté qui n’a guère que son nom, s’érigent.

La paix niche sous les os, identique à l’impénétrable enceinte dont la mue raille les concupiscentes convoitises.

Des murs tombent et l’immaturité contemple l’emprise totalitaire d’un arbre triste survolant l’opéra en reflet de brute.

Affranchie de la guerre jalouse par un mariage de façade, la négresse blanche se fait captive d’une autre image, vivant un lent gage de souffrance en voyage.

Fructidor

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , , , on 18/08/2009 by Daud

NOTRE MOISSON


Nous ensemençons de nos rêves
Les champs très vastes de l’azur,
En bas, le vieux sol n’est pas sûr,
Et c’est là-haut que sont les grèves,

Où lève la fleur vigoureuse
Que sème à son premier printemps,
Insoucieuse des autans,
Notre âme jeune, aventureuse.

Et nous comptons, béats voyants,
Les beaux fruits d’or tant alléchants
Que fait la fleur. Pendant l’extase

L’automne vient – Le printemps court
Passe vite – et le fruit trop lourd
Crève l’azur et nous écrase!

Robert Campion – Rimes paysannes

Cornucopia by Pearson Scott Foresman

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LE TEMPS DES CERISES


Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête,
Et les amoureux du soleil au cœur.
Quand nous chanterons le temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court , le temps des cerises,
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles.
Cerises d’amour aux larmes pareilles,
Tombant sous la feuille en goutte de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur de chagrins d’amour
Evitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d’amour.

J’aimerai toujours le temps des cerises,
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte.
Et Dame Fortune en m’étant offerte,
Ne pourra jamais fermer ma douleur.
J’aimerai toujours le temps des cerises,
Et le souvenir que je garde au cœur.

Lorsque coulera le sang des cerises,
Les chansons d’hier, les mots de demain
Deviendront tempête.
Les voltes d’amour toujours se répètent,
Changeront un jour ce monde inhumain.
Lorsque coulera le sang des cerises,
Jamais plus la vie ne tendra la main.

Jean-Baptiste Clément et Francis Lemarque pour le dernier couplet

Thermidor

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , on 19/07/2009 by Daud

Isaac Israels ~ Woman before "Sunflowers" by van Gogh

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O BON SOLEIL


O bon soleil qui luis dans la pâleur du ciel,
Si doucement qu’on peut te regarder en face,
Brille aussi dans mon âme obscure où tout s’efface:
Doux soleil, verse-moi ta lumière de miel

Doux soleil qui fais chaud le seuil de la porte
Où les enfants frileux s’asseyent à midi,
Si tu ne peux chauffer mon corps tout engourdi,
Dore mon âme, au moins, comme une feuille morte..
.

Fernand Gregh – La Beauté de vivre

Allons enfants, all you need is love

Posted in De arte musica avec des tags , , , , , on 14/07/2009 by Daud

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Poème au fils

Posted in Analectes poétiques avec des tags , , , , on 09/07/2009 by Daud

Si la nostalgie, ô mon enfant
Étreint ton petit cœur chéri
Qui espère un jour de fête et attend,
Le mien brûle, aspire et prie.
J’enferme mon chagrin en silence.
Mon cœur déborde.
Ô patience !

Abd el Kader al Djazaïri