Brumaire

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , on 22/10/2009 by Daud

Brouillard - Caspar David Friedrich

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BRUMES ET PLUIES


Ô fins d’automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D’envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
D’un linceul vaporeux et d’un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l’autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s’enroue,
Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n’est plus doux au cœur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l’aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n’est, par un soir sans lune, deux à deux,
D’endormir la douleur sur un lit hasardeux.

Charles Baudelaire – Les fleurs du mal

Vendémiaire

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , , , on 22/09/2009 by Daud

LA BUTTE ROUGE


Sur c’te butt’là y’avait pas d’gigolettes
Pas de marlous ni de beaux muscadins.
Ah ! C’était loin du Moulin d’la Galette,
Et de Panam’ qu’est le roi des pat’lins.
C’qu’elle en a bu du beau sang cette terre,
Sang d’ouvriers et sang de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
N’en meurent jamais, on n’tue qu’les innocents !

Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Qui boira ce vin là, boira l’sang des copains.

Sur c’te butt’là on n’y f’sait pas la noce
Comme à Montmartr’ où l’champagne coul’ à flots;
Mais les pauvr’s gars qu’avaient laissé des gosses
Y f’saient entendre de terribles sanglots !
C’qu’elle en a bu des larmes cette terre,
Larm’s d’ouvriers, larmes de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
Ne pleurent jamais, car ce sont des tyrans !

Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Qui boit de ce vin là, boit les larmes des copains

Sur c’te butt’là, on y r’fait des vendanges,
On y entend des cris et des chansons ;
Filles et gars doucement y échangent
Des mots d’amour qui donnent le frisson.
Peuvent-ils songer, dans leurs folles étreintes,
Qu’à cet endroit où s’échangent leurs baisers,
J’ai entendu la nuit monter des plaintes
Et j’y ai vu des gars au crâne brisé !

Refrain
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Mais moi j’y vois des croix portant l’nom des copains !

Gaston Mardochée Brunswick dit Montéhus – 1919

Les Vendanges

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VENDANGES


A Georges Rall

Les choses qui chantent dans la tête
Alors que la mémoire est absente,
Écoutez, c’est notre sang qui chante…
Ô musique lointaine et discrète !

Écoutez ! c’est notre sang qui pleure
Alors que notre âme s’est enfuie,
D’une voix jusqu’alors inouïe
Et qui va se taire tout à l’heure.

Frère du sang de la vigne rose,
Frère du vin de la veine noire,
Ô vin, ô sang, c’est l’apothéose !

Chantez, pleurez ! Chassez la mémoire
Et chassez l’âme, et jusqu’aux ténèbres
Magnétisez nos pauvres vertèbres.

Paul Verlaine – Jadis et naguère

Aplomb

Posted in À doigts sourds avec des tags on 17/09/2009 by Yliathim

Des murs menaçant la quiétude des regards de verre quand s’ébranle la base de leurs fondations au nom d’une liberté qui n’a guère que son nom, s’érigent.

La paix niche sous les os, identique à l’impénétrable enceinte dont la mue raille les concupiscentes convoitises.

Des murs tombent et l’immaturité contemple l’emprise totalitaire d’un arbre triste survolant l’opéra en reflet de brute.

Affranchie de la guerre jalouse par un mariage de façade, la négresse blanche se fait captive d’une autre image, vivant un lent gage de souffrance en voyage.

Fructidor

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , , , on 18/08/2009 by Daud

NOTRE MOISSON


Nous ensemençons de nos rêves
Les champs très vastes de l’azur,
En bas, le vieux sol n’est pas sûr,
Et c’est là-haut que sont les grèves,

Où lève la fleur vigoureuse
Que sème à son premier printemps,
Insoucieuse des autans,
Notre âme jeune, aventureuse.

Et nous comptons, béats voyants,
Les beaux fruits d’or tant alléchants
Que fait la fleur. Pendant l’extase

L’automne vient – Le printemps court
Passe vite – et le fruit trop lourd
Crève l’azur et nous écrase!

Robert Campion – Rimes paysannes

Cornucopia by Pearson Scott Foresman

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LE TEMPS DES CERISES


Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête,
Et les amoureux du soleil au cœur.
Quand nous chanterons le temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court , le temps des cerises,
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles.
Cerises d’amour aux larmes pareilles,
Tombant sous la feuille en goutte de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur de chagrins d’amour
Evitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d’amour.

J’aimerai toujours le temps des cerises,
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte.
Et Dame Fortune en m’étant offerte,
Ne pourra jamais fermer ma douleur.
J’aimerai toujours le temps des cerises,
Et le souvenir que je garde au cœur.

Lorsque coulera le sang des cerises,
Les chansons d’hier, les mots de demain
Deviendront tempête.
Les voltes d’amour toujours se répètent,
Changeront un jour ce monde inhumain.
Lorsque coulera le sang des cerises,
Jamais plus la vie ne tendra la main.

Jean-Baptiste Clément et Francis Lemarque pour le dernier couplet

Thermidor

Posted in Clémences et inclémences avec des tags , on 19/07/2009 by Daud

Isaac Israels ~ Woman before "Sunflowers" by van Gogh

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O BON SOLEIL


O bon soleil qui luis dans la pâleur du ciel,
Si doucement qu’on peut te regarder en face,
Brille aussi dans mon âme obscure où tout s’efface:
Doux soleil, verse-moi ta lumière de miel

Doux soleil qui fais chaud le seuil de la porte
Où les enfants frileux s’asseyent à midi,
Si tu ne peux chauffer mon corps tout engourdi,
Dore mon âme, au moins, comme une feuille morte..
.

Fernand Gregh – La Beauté de vivre

Allons enfants, all you need is love

Posted in De arte musica avec des tags , , , , , on 14/07/2009 by Daud

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Poème au fils

Posted in Analectes poétiques avec des tags , , , , on 09/07/2009 by Daud

Si la nostalgie, ô mon enfant
Étreint ton petit cœur chéri
Qui espère un jour de fête et attend,
Le mien brûle, aspire et prie.
J’enferme mon chagrin en silence.
Mon cœur déborde.
Ô patience !

Abd el Kader al Djazaïri

C’est arrivé il y a douze ans

Posted in Fragments d'extimité avec des tags , , , on 04/07/2009 by Daud

Tout bonheur est une innocence ¹ ; telle était la citation de Marguerite Yourcenar que j’avais notée en rouge, à l’occasion de la venue au monde de mon premier enfant, dans un petit carnet à couverture noire. Aujourd’hui aîné d’une fratrie de trois, il passe sa douzième année et entre de plain-pied dans la turbulence de l’adolescence.

¹ : Marguerite Yourcenar in Alexis ou le Traité du vain combat

Je me tuais à fumer jusqu’à ce que…

Posted in Fragments d'extimité avec des tags , , on 01/07/2009 by Daud

… j’arrête !

La dernière fois que ma bouche a recraché la fumée d’une cigarette remonte à quinze ans, jour pour jour. Olia et moi avions décidé de partager notre vie et nous commençâmes par nous séparer quelques mois l’un de l’autre, elle en Allemagne, moi au Canada, afin de former notre jeunesse et de gagner quelques sous. À cet instant précis, j’ai écrasé le dernier mégot de ma dernière gauloise brune. J’ai usé des gommes à mâcher pour palier le manque et n’est pas repris depuis. Il m’aura bien fallut dix ans avant de ne plus ressentir l’envie. J’ai retrouvé quelques vieux écrits que je trouve maladroits, mais qui restent attachés à cette période durant laquelle je pouvais me présenter comme fumeur.

~…~

Quand hier déjà passé le fumeur s’est éteint,
Ce fut, du poète, la journée sans lendemain.

~…~

Caché derrière un écran d’épaisses fumées,
Il chantait sa musique au rythme des bouffées.

~…~



Pointe Rouge

Sulfureuse allumette qui souffre,
Dont le bois tendre et souple crépite,
Puis fume un nuage qui s’engouffre
Par une vicieuse cigarette émérite.


Tout droit d’une boîte publicitaire issue,
Trop tôt on gratte et brûle ton feu éphémère ;
Et avec irrespect tu traîneras dans la rue ;
Un insouciant t’auras jetée à terre.


Le majestueux peuplier, ton sage père,
Impuissant du haut de sa fière cime,
Contemple désormais le destin amer
Que lui réservent les hommes de déprime.



Brouillard d’asphalte

Alors que ma vie s’émiette,
Même si le crabe me guette,
Je fume quelques cigarettes.


Ce noir tabac que je filtre,
Triste clown qui fait le pitre,
Consume un roman sans titre.


Cette opaque et blanche brume
Qu’ici je respire et hume
Me dira sans doute qui nous fûmes.


Cette histoire d’Amour, de cendre,
Douce mort qui va me prendre,
Sera là pour tout m’apprendre.


La mélancolie a ce regard
Loin de havane, petit cigare,
Troublant où je m’égare.


Écoutes-tu morose cigarette,
Toi qui enfumes nos fêtes,
La voix que je me prête ?


Avec le recul, je trouve étrange d’avoir consommé une drogue dont les effets euphorisants sont pour ainsi dire inexistants. En revanche la dépendance est bien réelle et si intense qu’il faut avoir fumer pour comprendre la souffrance du sevrage.

À présent, et bien que l’envie soit passée, j’ai la prudence de dire que je suis un fumeur abstinent. Quel paradoxe de voir associée la tabagie à la liberté ! Quelle dérive cette surveillance rampante vis-à-vis des fumeurs en société !

Rencontre surréaliste

Posted in Fragments d'extimité avec des tags , , on 24/06/2009 by Daud

Une rare élégante, qu’un inestimable ami accompagnait, attendait l’improbable venue d’une icône des peuples celtes, lorsque d’un pas nonchalant, je vins à sa rencontre suggérant de mettre à profit l’attente autour d’une table agrémentée de quelques bières.

Le moment fut une inénarrable discussion aux saveurs d’orges et de houblon mêlée de boutades politiques et d’expériences virtuelles détaillées par notre petit groupe haut en couleur, rehaussé qu’il fut dans sa teinte par une tunique orange flamboyante, de celles qu’affectionnent particulièrement les écureuils en exil.

L’écureuil n’est pas instruit du langage informatique, c’est là son moindre défaut. Il nous lança le défit de mettre en ligne des fichiers sonores. Je m’en voudrais de ne pas satisfaire à cette requête et propose à cette occasion une discussion concernant une rencontre moins surréaliste mais au combien plus célèbre : celle qui, il y a une quarantaine d’années, réunit trois hommes dans un salon.

C’était le 6 janvier 1969, mais écoutez plutôt :

Partie I

Partie II

Partie III

Partie IV