Poème au fils

Publié dans Analectes poétiques avec des tags , , , , le 09/07/2009 par Daud

Si la nostalgie, ô mon enfant
Étreint ton petit cœur chéri
Qui espère un jour de fête et attend,
Le mien brûle, aspire et prie.
J’enferme mon chagrin en silence.
Mon cœur déborde.
Ô patience !

Abd el Kader al Djazaïri

C’est arrivé il y a douze ans

Publié dans Fragments d'extimité avec des tags , , , le 04/07/2009 par Daud

Tout bonheur est une innocence ¹ ; telle était la citation de Marguerite Yourcenar que j’avais notée en rouge, à l’occasion de la venue au monde de mon premier enfant, dans un petit carnet à couverture noire. Aujourd’hui aîné d’une fratrie de trois, il passe sa douzième année et entre de plain-pied dans la turbulence de l’adolescence.

¹ : Marguerite Yourcenar in Alexis ou le Traité du vain combat

Je me tuais à fumer jusqu’à ce que…

Publié dans Fragments d'extimité avec des tags , , le 01/07/2009 par Daud

… j’arrête !

La dernière fois que ma bouche a recraché la fumée d’une cigarette remonte à quinze ans, jour pour jour. Olia et moi avions décidé de partager notre vie et nous commençâmes par nous séparer quelques mois l’un de l’autre, elle en Allemagne, moi au Canada, afin de former notre jeunesse et de gagner quelques sous. À cet instant précis, j’ai écrasé le dernier mégot de ma dernière gauloise brune. J’ai usé des gommes à mâcher pour palier le manque et n’est pas repris depuis. Il m’aura bien fallut dix ans avant de ne plus ressentir l’envie. J’ai retrouvé quelques vieux écrits que je trouve maladroits, mais qui restent attachés à cette période durant laquelle je pouvais me présenter comme fumeur.

~…~

Quand hier déjà passé le fumeur s’est éteint,
Ce fut, du poète, la journée sans lendemain.

~…~

Caché derrière un écran d’épaisses fumées,
Il chantait sa musique au rythme des bouffées.

~…~



Pointe Rouge

Sulfureuse allumette qui souffre,
Dont le bois tendre et souple crépite,
Puis fume un nuage qui s’engouffre
Par une vicieuse cigarette émérite.


Tout droit d’une boîte publicitaire issue,
Trop tôt on gratte et brûle ton feu éphémère ;
Et avec irrespect tu traîneras dans la rue ;
Un insouciant t’auras jetée à terre.


Le majestueux peuplier, ton sage père,
Impuissant du haut de sa fière cime,
Contemple désormais le destin amer
Que lui réservent les hommes de déprime.



Brouillard d’asphalte

Alors que ma vie s’émiette,
Même si le crabe me guette,
Je fume quelques cigarettes.


Ce noir tabac que je filtre,
Triste clown qui fait le pitre,
Consume un roman sans titre.


Cette opaque et blanche brume
Qu’ici je respire et hume
Me dira sans doute qui nous fûmes.


Cette histoire d’Amour, de cendre,
Douce mort qui va me prendre,
Sera là pour tout m’apprendre.


La mélancolie a ce regard
Loin de havane, petit cigare,
Troublant où je m’égare.


Écoutes-tu morose cigarette,
Toi qui enfumes nos fêtes,
La voix que je me prête ?


Avec le recul, je trouve étrange d’avoir consommé une drogue dont les effets euphorisants sont pour ainsi dire inexistants. En revanche la dépendance est bien réelle et si intense qu’il faut avoir fumer pour comprendre la souffrance du sevrage.

À présent, et bien que l’envie soit passée, j’ai la prudence de dire que je suis un fumeur abstinent. Quel paradoxe de voir associée la tabagie à la liberté ! Quelle dérive cette surveillance rampante vis-à-vis des fumeurs en société !

Rencontre surréaliste

Publié dans Fragments d'extimité avec des tags , , le 24/06/2009 par Daud

Une rare élégante, qu’un inestimable ami accompagnait, attendait l’improbable venue d’une icône des peuples celtes, lorsque d’un pas nonchalant, je vins à sa rencontre suggérant de mettre à profit l’attente autour d’une table agrémentée de quelques bières.

Le moment fut une inénarrable discussion aux saveurs d’orges et de houblon mêlée de boutades politiques et d’expériences virtuelles détaillées par notre petit groupe haut en couleur, rehaussé qu’il fut dans sa teinte par une tunique orange flamboyante, de celles qu’affectionnent particulièrement les écureuils en exil.

L’écureuil n’est pas instruit du langage informatique, c’est là son moindre défaut. Il nous lança le défit de mettre en ligne des fichiers sonores. Je m’en voudrais de ne pas satisfaire à cette requête et propose à cette occasion une discussion concernant une rencontre moins surréaliste mais au combien plus célèbre : celle qui, il y a une quarantaine d’années, réunit trois hommes dans un salon.

C’était le 6 janvier 1969, mais écoutez plutôt :

Partie I

Partie II

Partie III

Partie IV

Messidor

Publié dans Clémences et inclémences avec des tags , , le 19/06/2009 par Daud

LA DAME DE L’ÉTÉ


Sous les yeux d’or des églantines blanches,
Les liserons grimpent autour des fougères.
La fleur des ronces met des petites croix blanches
Dans la haie d’où surgissent les fougères.

L’herbe des prés ondule en vagues blondes,
Qui vont mourir sous les pas du faucheur,
Il y a dans l’herbe des ailes bleues, des ailes blondes,
Et la grande aile noire de la faux du faucheur.

Alors j’ai vu, assise près d’une source,
Cueillant des joncs pour lier ses cheveux,
Une femme aux yeux clairs comme une source,
Qui me permit de baiser ses cheveux

Et je fus plein d’amour pour les yeux verts
De la dame de l’été qui vient sourire
Au bord des sentiers, au fond des bois verts,
Et mirer dans les sources son beau sourire.

Rémy de Gourmont – Paysages spirituels

Pieter Bruegel l'ancien - La Moisson

[source]

LES FOINS


La tiède lune au bord du ciel monte et sourit.
Vois sur les foins coupés trembler son halo gris;
La nature s’emplit comme une basilique
Du silence embaumé des soirs mélancoliques.

Au chemin de la vie et voilant sa laideur
L’oubli s’étend ainsi que la rosée en pleurs,
L’oubli divin s’étend comme l’herbe fleurie
Déployée en nuage aux pentes des prairies.

II semble que s’efface et meurt l’humanité,
Tant le souffle qui sort des lèvres de l’été
Et qui si doucement rôde aussi sur nos lèvres
De tout mesquin désir nous libère et nous sèvre.

La lune à travers l’ombre, et tel un oiseau blanc,
Suspend toujours plus clair son essor transparent
Et son calme plumage en neige diaphane
Se mêle au flot bleui de l’herbe qui se fane.

Parmi l’odeur des foins, avec des mots secrets
Sourdement murmurés, courent les ruisseaux frais
Où la lune attirée et mystique se penche,
Frôlant à leur miroir errant son aile blanche.

Marie Aubert (Daguet) – Par l’Amour

Publié dans À dessein avec des tags , , , le 05/06/2009 par Daud

why

Prairial

Publié dans Clémences et inclémences avec des tags , le 20/05/2009 par Daud

Macieklew - Cow

[source]

PRAIRIES

Les avantages des prairies ne sont pas bornés à la seule récolte des foins ;
on y fait venir, après la fenaison, du treffle et de la luzerne.

Le tribut que les prés ont offert au printemps
Ne se bornera point à ses premiers présens ;
II va se reproduire une nouvelle sève
Dans l’été se prépare, et l’automne l’achève.
L’hiver même qui glace et flétrit l’Univers,
N’ose pas altérer vos gazons toujours verts.

Notre âge voit s’étendre et régner l’industrie,
Qui d’un seul plant choisi fait naître une prairie.
Votre champ satisfait d’engrais et de labours,
N’implore pas des eaux les assidus secours.
Le plus rebelle enfin va se rendre docile ;
A la plante qui l’aime il ouvre un sein facile.

Un terroir limonneux, de ses sucs nourrissans
Soutient le treffle avide ; il y renaît trois ans.
Dans un fonds médiocre, où votre choix la place
Dure vingt ans entiers la luzerne vivace.
Le sable, le gravier font d un succès égal
Fleurir l’heureux sainfoin le sobre fromental.

Chaque année au printemps dans l’été dans l’automne,
Ils réparent leur vie et la faulx la moissonne :
Dans toutes les saisons leurs herbages nouveaux
Raniment la vigueur et la faim des troupeaux.
Lorsqu’ils sont épuisés, détruisez leurs racines ;
Le bled plus vigoureux naîtra de leurs ruines ;
Tandis que, par vos loix contraints de se bannir,
Ils vont en d’autres champs renaître et rajeunir.

C’est ainsi qu’ennoblie, une graine, une plante,
Pour nourrir vos troupeaux, seule est plus abondante
Que ces prés éclatans, de la Nature aimés,
Et de germes divers comme au hasard formés.
Elle ombrage bientôt la terre qu’elle habite,
Y règne, ne craint plus qu’une herbe parasite
La rende humble, amaigrie, et telle qu’autrefois
Vous l’offrirent des lieux où vous fîtes un choix.

Pierre Fulcrand de Rosset – Poëme d’agriculture

Suis-je vraiment contraint d’écrire ?

Publié dans Aperto libro avec des tags , , , , , , le 18/05/2009 par Daud

Cause prime non est yliathim

„Gehen Sie in sich. Erforschen Sie den Grund, der Sie schreiben heißt; prüfen Sie, ob er in der tiefsten Stelle Ihres Herzens seine Wurzeln ausstreckt, gestehen Sie sich ein, ob Sie sterben müßten, wenn es Ihnen versagt würde zu schreiben. Dieses vor allem: fragen Sie sich in der stillsten Stunde Ihrer Nacht: muß  ich schreiben? Graben Sie in sich nach einer tiefen Antwort. Und wenn diese zustimmend lauten sollte, wenn Sie mit einem starken und einfachen `Ich muß´ dieser ernsten Frage begegnen dürfen, dann bauen Sie Ihr Leben nach dieser Notwendigkeit; Ihr Leben bis hinein in seine gleichgültigste und geringste Stunde muß ein Zeichen und Zeugnis werden diesem Drange. Dann nähern Sie sich der Natur. Dann versuchen Sie, wie ein erster Mensch, zu sagen, was Sie sehen und erleben und lieben und verlieren.“

Rainer Maria Rilke – Briefe an einen jungen Dichter

Muß ich schreiben?

Cause prime non est yliathim

« Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d’écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre cour; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit ; me faut-il écrire ? Creusez en vous-mêmes à la recherche d’une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s’il vous était donné d’aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple ` il le faut ´, alors bâtissez votre vie selon cette nécessité ; votre vie, jusqu’en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. »

Lettres à un jeune poète – traduction Bernard Grasset et Rainier Biemel

Soyez sans honte !

Publié dans Res publicae avec des tags , , , , le 12/05/2009 par Daud
Ihr trugt die Schande nicht
Ihr wehrtet Euch
Ihr gabt das große
Ewig wache
Zeichen der Umkehr
Opfernd Euer heißes Leben
Für Freiheit
Recht und Ehre

You did not bear the shame.
You fought back.
You gave the great,
Forever tireless
Sign of change,
Sacrificing your glowing life
For freedom,
Justice, and honor.

Edwin RedslobGedenkstätte Deutscher Widerstand

La honte n’est pas votre fardeau
Car vous avez résisté,
Et par ce don infini,
Réveillé à jamais
L’annonce du bouleversement ;
Sacrifiant votre vie rougeoillante
Pour la liberté,
La justice et l’honneur.

Essai personnel d’interprétation

À quoi s’agrippa le singe ?

Publié dans L'image-mouvement avec des tags , , , , , , le 08/05/2009 par Daud

À la jetée

Comme une armée

Rencontrant onze autres soldats.